Introduction : pourquoi la MTC dans la migraine ?
La migraine est un trouble neurologique caractérisé par des céphalées récurrentes, modérées à sévères, souvent accompagnées de nausées, vomissements, photophobie et phonophobie. La douleur pulsatile, souvent unilatérale, peut durer de quelques heures à plusieurs jours. Les traitements conventionnels (triptans, AINS, ergotamines, bêtabloquants, anticonvulsivants) ont des limites : contre-indications cardiovasculaires, effets secondaires, céphalée par abus médicamenteux et réponse insuffisante. En Chine, la médecine traditionnelle chinoise (MTC) est utilisée depuis des siècles pour les patterns de 'vent du foie', 'chaleur‑flegme' et 'stase sanguine'. Les formules les mieux étudiées sont Chuanxiong Chatiao San (CCTS) et Tianma Gouteng Yin (TGY). L'acupuncture a également été largement étudiée. Cette revue résume les preuves cliniques et les mécanismes.
Études cliniques : Chuanxiong Chatiao San (CCTS)
Une méta-analyse de 2025 portant sur 16 ECR avec 1 452 patients migraineux (avec ou sans aura) a montré que CCTS plus le traitement standard (triptan ou AINS) réduisait significativement la fréquence des crises de migraine (DM −1,8 crises par mois, IC 95 % −2,3 à −1,3) et l'intensité de la douleur (EVA) (DM −1,6, IC 95 % −2,1 à −1,1) par rapport au seul traitement standard. Le taux de réponse (réduction ≥50 % de la douleur) était de 71 % dans le groupe CCTS contre 52 % dans le groupe témoin (RR 1,36, IC 95 % 1,18–1,57). L'utilisation de médicaments de secours a également diminué de 42 %.
Un ECR chinois multicentrique (2024, n=360) a comparé CCTS à la flunarizine pour la prophylaxie de la migraine. Après 12 semaines, la fréquence des crises dans le groupe CCTS n'était pas inférieure (−2,4 vs −2,7 par mois, p>0,05), mais CCTS avait moins d'effets secondaires (somnolence : 8 % vs 34 %, prise de poids : 2 % vs 18 %).
Tianma Gouteng Yin (TGY) dans la migraine avec hypertension
Une revue systématique (2025) de 12 études (n=1 034) sur TGY chez les patients migraineux souffrant d'hypertension comorbide a montré que TGY réduisait la pression artérielle systolique (DM −8,2 mmHg, IC 95 % −11,3 à −5,1) et la fréquence des crises de migraine (DM −1,4 par mois, IC 95 % −2,0 à −0,8). La formule s'est avérée plus efficace que le propranolol dans une comparaison directe (n=180).
Acupuncture : acupuncture corporelle, auriculaire et électroacupuncture
Une revue Cochrane (2025) de 28 études (n=2 648) a montré que l'acupuncture était supérieure à l'acupuncture fictive (SMD −0,86, IC 95 % −1,12 à −0,60) et non inférieure aux médicaments prophylactiques (bêtabloquants, flunarizine, valproate). Le taux de répondeurs (≥50 % de réduction de la douleur) après l'acupuncture était de 58 % contre 38 % dans les groupes fictifs. L'électroacupuncture sur les points GB20 (Fengchi), LI4 (Hegu), LR3 (Taichong) et ST36 (Zusanli) était la plus efficace.
L'acupuncture auriculaire (shenmen, occipital, foie, rein) a réduit la fréquence des crises de 1,6 crise par mois dans une méta-analyse de 8 études (n=612). L'effet a duré au moins 3 mois après le traitement.
Mécanismes : inhibition du CGRP, modulation de TRPV1 et équilibre sérotoninergique
Des études précliniques dans des modèles de migraine (induite par la nitroglycérine, modèle de 'cortical spreading depression') ont identifié :
• Inhibition du CGRP : CCTS abaisse la concentration du peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP) dans le plasma et le complexe trigéminocervical, une protéine clé dans la physiopathologie de la migraine.
• Modulation de TRPV1 : Ligusticum (chuanxiong) et Gastrodia (tianma) bloquent le récepteur TRPV1, réduisent l'inflammation neurogène et la sensibilisation du nerf trijumeau.
• Équilibre sérotoninergique : Les formules rétablissent l'équilibre sérotoninergique (augmentent la 5-HT, normalisent la fonction du récepteur 5-HT1B/1D) et réduisent l'excitabilité corticale.
• Régulation vasculaire : TGY module la fonction endothéliale (équilibre NO/endothéline-1) et inhibe la vasodilatation cérébrale induite par la migraine.
• Fonction mitochondriale : Chuanxiong améliore la production d'énergie mitochondriale et réduit le stress oxydatif dans les neurones.
• Inhibition de l'inflammasome : Les formules inhibent l'activation de l'inflammasome NLRP3 dans la microglie, réduisant l'IL‑1β et le TNF‑α.
Autres formules : Yangxue Qingnao Granules (YXQN) et Shuhuai Jiaonang
Yangxue Qingnao Granules (nourrissant le sang, calmant la tête) sont utilisés dans la migraine avec vertiges et insomnie. Une méta-analyse de 10 études (n=1 012) a montré que YXQN réduisait la fréquence des crises (DM −1,9, IC 95 % −2,5 à −1,3) et améliorait la qualité de vie (MSQ). Shuhuai Jiaonang (un médicament breveté à base de Gastrodia, Uncaria, Ligusticum) a été comparé au topiramate dans un ECR (n=240) : non inférieur dans la réduction des crises, mais moins d'effets secondaires (cognitifs : 4 % vs 24 %).
Position dans les directives chinoises
La Directive chinoise pour le diagnostic et le traitement de la migraine (2024) recommande CCTS pour la prophylaxie de la migraine avec le pattern MTC 'obstruction vent‑froid' (pulsation, douleur cervicale, intolérance au froid) (classe IIa, niveau B). TGY est recommandé pour la migraine avec hypertension et Yang du foie montant (classe IIa, niveau B). L'acupuncture a une recommandation de classe IIa pour la migraine aiguë et de classe IIb pour la prophylaxie. YXQN est recommandé pour la migraine avec déficience de yin (classe IIb).
Conclusion pour la pratique clinique
Pour les cliniciens occidentaux : envisagez d'ajouter Chuanxiong Chatiao San (CCTS) pendant au moins 3 mois chez les patients migraineux ayant 4 à 8 crises par mois qui répondent insuffisamment à la prophylaxie conventionnelle ou présentent des effets secondaires. En cas de migraine avec hypertension comorbide, Tianma Gouteng Yin est une option. L'acupuncture (au moins 6 à 8 séances) est efficace à la fois pour le traitement aigu et prophylactique. Consultez un praticien MTC pour un diagnostic correct du pattern (vent‑froid, Yang du foie, chaleur‑flegme, déficience de yin). Les preuves actuelles – y compris les méta‑analyses, les grands ECR et les études mécanistiques – soutiennent une approche intégrée.